L’art à la lettre
Isidore Isou, né Jean-Isidore Goldstein, est l’auteur d’une œuvre prolifique et multiforme, mêlant manifestes, romans, essais théoriques, films expérimentaux et créations plastiques, fondée sur la déconstruction puis la réinvention du langage.
En 1946, il fonde le mouvement lettriste, une avant-garde radicale qui revendique une rupture avec les formes artistiques traditionnelles. Isou y affirme que les lettres et les sons, davantage que les mots, doivent constituer la matière première de la création poétique. Par ses concepts innovants et ses pratiques expérimentales, le lettrisme a exercé une influence durable sur de nombreux courants ultérieurs, notamment le situationnisme, la poésie sonore, les arts visuels et le cinéma expérimental.
L’œuvre d’Isidore Isou s’étend sur plusieurs décennies et se déploie dans une grande diversité de supports, mêlant écriture, image et performance. Dans ses productions théoriques, il élabore une pensée structurée de l’avant-garde, cherchant à définir les étapes de naissance, de développement puis d’épuisement des formes artistiques. Cette recherche se traduit aussi par des expérimentations concrètes : en littérature, il multiplie les essais narratifs et les écritures hybrides ; dans les arts visuels, il développe notamment l’hypergraphie, qui combine signes, lettres et tracés ; au cinéma enfin, il participe à l’émergence de formes radicalement nouvelles, comme en témoigne Traité de bave et d’éternité (1951), œuvre fondatrice qui bouleverse le rapport entre image, son et récit. L’ensemble de son travail compose ainsi une œuvre singulière, à la fois dense, inclassable et fortement marquée par une volonté de renouveler en profondeur les pratiques artistiques.
Commissariat : Nicolas Liucci-Goutnikov, conservateur, Musée national d'art moderne.
Assisté de Diane Toubert, chargée de recherches, Musée national d'art moderne.