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# Pokemon Attitude !
Pokemon Go ! Le lancement du jeu en réalité augmentée, un chef-d'œuvre de marketing, s'est transformé pour quelques heures en phénomène de société.

D'improbables scènes de chasse aux Pokémon se généralisent. Des centaines de joueurs se concentrent à proximité des zones riches en Pokémon, les yeux rivés sur leurs téléphones portables, sollicités en permanence par un tapotement nerveux. L'apparition d’un personnage virtuel provoque des scènes de chasse éprouvantes. De paisibles hipsters se transforment en une horde de prédateurs enragés se ruant vers un but indiscernable. Puis, la bête saisie, les groupes se reforment dans leurs espaces de déambulation et de tapotements.

Le 31 juillet 2016, la mise à jour n° 0.31.0 est déployée, supprimant les outils d’anticipation des apparitions qui simplifiaient le jeu et n’avaient pas été prévus par ses concepteurs. En rétablissant l’incertitude, cette modification ramène Pokémon GO à son modèle d’origine, fondé sur l’exploration et la marche. Elle induit de nouveaux comportements de prédation, imposant aux dresseurs de longues périodes de déplacement à la recherche de leurs proies virtuelles. Les concentrations de chasseurs et les chasses en meutes disparaissent au profit de petits groupes mobiles. Malgré une baisse visible du nombre de joueurs, le jeu retrouve ainsi un équilibre plus conforme à son principe initial et continue de fonctionner aujourd’hui avec plusieurs dizaines de millions de joueurs, selon un modèle simple : le jeu est gratuit, mais génère des revenus par les achats intégrés et par des partenariats locaux qui attirent les joueurs dans des lieux physiques.

En parallèle, Niantic, société propriétaire de la licence d’exploitation du jeu, a constitué au fil des usages une immense base de données d’images et de relevés géolocalisés issus des déplacements des joueurs — plus de 30 milliards d’images à ce jour, constituant une cartographie visuelle d’espaces marginaux ou discrets — arrière-cours, impasses, tunnels, friches, forêts, sentiers secondaires, interstices du tissu urbain — que les dispositifs classiques de cartographie ou de captation ignorent ou peinent à documenter. Elle participe ainsi à la fabrication d’une cartographie fine, diffuse et hétérogène du monde, susceptible d’alimenter d’autres usages — notamment la navigation automatisée.

Cette base de données, exploitée via des technologies comme le positionnement visuel, est aujourd’hui utilisée par des entreprises de robotique telles que Coco Robotics pour guider des robots de livraison du dernier kilomètre, capables de se repérer avec précision pour acheminer des colis ou des plats dans l’espace urbain. Ainsi, en jouant à attraper des Pokémon, les joueurs participent — sans le savoir — à l’entraînement des robots qui livrent des pizzas.
2016_La Villette Pokemon Attitude
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